Zeman : Un révolutionnaire engagé

Doigts autour de la bouche, comme pour mimer la clope qu’il n’a plus le droit de fumer sur un banc. Zdenek Zeman regarde son équipe perdre sur le terrain du Chievo après avoir explosé le Genoa pour son premier match. “Le bohème”, “le muet” ou encore “le prophète” est encore là, à 70 ans, après avoir consacré la moitié de sa vie au football. Le natif de Prague est venu en vacances en Italie et ne l’a plus jamais quittée. Il a marqué le foot transalpin à jamais par sa philosophie et sa grande gueule.

Perdre: pas une humiliation

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Zeman à Parme, où il avait pris la suite de Sacchi, avec une philosophie très éloignées. ©It.wikipedia.org

Sa philosophie et sa vision du foot sont à l’opposé de l’Italie footballistique des années 80/90. L’époque des blocs bas, très compacts, et de la contre-attaque. L’important était de ne pas perdre, de ne pas encaisser de but. Zeman lui voulait marquer toujours plus de buts que son adversaire.
Apôtre du football offensif, il demande à ses équipes de jouer très haut, de passer par les côtes, d’asphyxier l’équipe adverse, qu’elle soit relégable ou en tête du championnat. Le technicien italo-tchèque estime que le contenu est prioritaire sur le résultat et veut donner du plaisir aux spectateurs. En témoigne le style de jeu qu’il prône: le gardien joue libero, sa défense joue le HJ sur la ligne médiane et ses latéraux sont très haut sur les ailes. Les équipes de Zeman peuvent passer 45 minutes sans sortir de la moitié de terrain de leur adversaire.

Ses heures de gloire, il les vit avec Foggia, qu’il fait monter en Serie A. La Zemanlandia s’exportera ensuite dans beaucoup de clubs, avec plus ou moins de réussite.

Une philosophie proche de Bielsa

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Zeman avec Gascoigne lors de son passage à la Lazio. 2 saisons pleines, une 2e et 3e place, deux fois meilleure attaque de Serie A. ©It.wikipedia.org

Passer de la Lazio à la Roma, en se faisant accepter par tout le monde et en laissant une marque indélébile sur les tifosi. C’est aussi ça la marque Zeman. Lui qui ne parle pas beaucoup, mais qui est très exigeant envers ses joueurs, son staff et sa direction. Il faut que tout le monde adhère à son projet, à 120 %, sinon il claque la porte.

Zeman n’est pas un entraîneur facile à vivre, surtout à l’entraînement. Double séance d’entraînement deux fois par semaine, préparation de pré saison à base de monter et descente de tribune… L’entraîneur qui a sillonné l’Italie en demande beaucoup à ses joueurs, pour qu’ils soient prêts à exercer un pressing titanesque en match.

Une philosophie éprouvante, proche de celle de Marcelo Bielsa qui trouve son salut avec des jeunes qui ont faim . Dans son étagère, il n’a pas de titre majeur, mais des noms : TottiNestaVucinic, Di Vaio, ImmobileVerratti, Insigne sont les plus récents qui pourront remercier le Bohème. Si tu fais confiance à Zeman, le foot te le rendra.

Une grande gueule pour un football propre

Mais l’Italie ne lui rendra rien. Si Zeman a une philosophie géniale et un flow monstrueux, avec sa clope vissée au bec, c’est avant tout un homme de principes. Il défend ardemment un foot propre, équitable, où personne n’est avantagé. Lors de son premier passage à la Roma, il leva le voile sur les pratiques de la Juventus et du foot transalpin en général. Dopage, cocaïne, matchs arrangés… Tout le monde en a pris pour son grade.

Ces accusions, et sa personnalité “grande gueule”, lui ont causé du tord. En effet, après cela les grands clubs italiens lui tournent le dos. Compliqué d’engager un entraineur aussi instable, incontrôlable.

Il s’exilera en Turquie, ou en République Tchèque sans grande réussite. Par la suite, il sera cantonné a des missions de pompiers de services, ou à des clubs de Serie B. Aujourd’hui, le “Mister” est de retour en Serie A, dans le dernier club où la Zemanlandia a vraiment réussie, avec une mission presque impossible, sauver Pescara.

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