Argentine : une gangrène pas encore soignée

Lors de sa nomination, Edgardo Bauza, le sélectionneur argentin se voyait “en finale de la Coupe du monde, face à un grand européen, avec Messi soulevant la coupe”. Après 8 matchs sous sa coupe, l’Argentine est barragiste avec seulement 3 victoires. Mais le sort de l’Albiceleste n’est que l’arbre qui cache la forêt du foot Argentin, miné de l’intérieur, par une fédération à l’agonie et des clubs ruinés.

Ingérence de l’Etat argentin

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“Futbol Para Todos” est un programme lancé par le gouvernement qui diffusait les matchs du championnat argentin gratuitement sur Youtube.  ©Lagrinta.net

En 2009, la société qui gérait les droits télé du championnat refuse de s’aligner aux prix demandés par la fédération argentine (AFA). L’Etat argentin arrive alors et paie le prix demandé pour éviter une grave crise financière. En découle le lancement du “Football Para Todos“, mythe du football gratuit, avec la diffusion des matchs sur Youtube. L’Argentine et sa présidente, Cristina Kirchner, utilisera cet opium pour contrer ses principaux opposants politiques. De gros matchs seront placés en concurrence d’émissions anti-gouvernement, pour tenter de réduire leurs audiences . Il y aura aussi des spots pro Kirchner avant chaque rencontre. Tout ceci videra les stades et ne résoudra pas les problèmes chroniques du football local, bien au contraire. La fédération argentine sera même accusée de financer certains groupes violents.

Le système Grondona

Un tel arrosage d’argent public a surtout permis l’émergence et le développement du plus gros réseau mafieux d’Argentine qui gangrène encore le foot argentin. Président de l’AFA durant 35 ans, Julio Grondona tissera un réseau incroyable de détournement de fond mettant tout le foot argentin au pli. Qualifié par Maradona “de sale type”, Grondona vera son règne être émaillé de nombreux scandales. Jamais inquiété par une quelconque institution, il mettra tout le football argentin sous sa coupe grâce à ses “prêts”, souvent aux clubs à la situation financière plus que précaire. Pour percevoir ses prêts, il fallait bien évidemment soutenir le président “homme d’affaire” de la fédé. Tous les présidents de clubs, même ses plus farouches opposants, ont toujours courbé l’échine sous le poids de son système.

A sa mort, en 2014, il laisse le foot argentin orphelin de son parrain. Après une période noire, “entachée” d’une mise sous tutelle par la FIFA, d’élections truquées et de scandales internes, la lumière semblait apparaître en Argentine.

Tapia, le sauveur ?

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Claudia Tapia, président d’un petit club argentin, est élu après 2 ans d’incertitude à la tête de l’AFA. ©Eltelegrafo.com

Le 29 mars 2017, l’AFA réussit enfin à se trouver un président, mettant fin à 2 ans de navigation à vue. En effet, Claudio Tapia est élu (bon c’était le seul candidat). Cependant, l’espoir d’un vrai renouveau en Argentine est tué dans l’oeuf. Tapia a été biberonné à la sauce Grondona. La fédération va donc devoir gérer la création qui semble inéluctable d’une Superliga (une sorte de LFP locale qui négociera directement les droits TV), une fédération ruinée et minée par les conflits et des clubs en situation de quasi-faillite sans réel changement de méthode.

Même la situation de la sélection nationale n’est pas fixée. Tapia et son équipe veulent « étudier la situation » de Bauza, mais rien n’a fuité sur son avenir. Il devra tout de même finir la campagne de qualification. Si le coach actuel de l’Argentine reste en poste, c’est surtout par défaut. Tous ses possibles successeurs, à savoir Jorge Sampaoli (Séville), Diego Simeone (Atlético Madrid) et Marcelo Gallardo (River Plate), ne seront pas libre avant juin et rien n’indique que l’AFA aura la possibilité de les déloger. Le nuage noir qui entoure le football argentin ne semble pas prêt de s’en aller.

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