La NBA, National Business Association ?

“La légalisation des paris sportifs ajouterait énormément d’engagement et d’émotion chez les fans”. C’est ce que déclare Adam Silver, commissioner de la NBA, lorsqu’il est interviewé par ESPN en juillet dernier au sujet d’une thématique très controversée aux USA. Contrairement à ce qu’il se passe en Europe, cette pratique est interdite dans la quasi-totalité des Etats-Unis. Si rien n’est encore fait concernant une potentielle arrivée des bookmakers autour du basketball en Amérique du nord, le grand patron de la ligue verrait cela d’un très bon œil. Et pour cause, le business n’a jamais autant fait corps avec la NBA.

Du marketing qui rapporte

Depuis de nombreuses années, la National Basketball Association est une machine financière sans pareille. En témoigne la folle augmentation des droits TV, passant de 0,9 milliard de dollars par an au début des années 1980 à plus de 2,1 aujourd’hui, grâce à un accord renégocié en 2014 entre la ligue et ESPN. Cette arrivée massive d’argent a bien sûr eu des répercutions sur le salary cap, et donc les salaires, qui ont également explosé.
Si le montant des droits tv a connu une croissance exponentielle, la ligue a bien d’autres occasions de recevoir des gros chèques. L’arrivée de Nike comme équipementier au détriment d’Adidas permet à la NBA de recevoir un montant 3 fois plus élevé qu’auparavant – 125M$ par an contre 40 auparavant – selon le journaliste américain Darren Rovell (ESPN). Ces nouvelles tenues accueilleront d’ailleurs, pour la première fois, un sponsor. S’ils sont bien moins voyants que sur des maillots de football, ces « macarons » rapporteront là encore entre 4 et 10M$ par an aux franchises ayant l’honneur de les arborer.

Un aspect marketing qui prend de plus en plus d’importance au sein de la NBA, jusqu’à avoir une incidence sur le déroulement des rencontres. Durant la saison 2017-2018, 368 matchs seront joués le samedi, contre 348 l’an passé. Et cela ne passera pas inaperçu auprès du public. En effet, malgré la concurrence de la NFL, les matchs joués le samedi rencontrent un fort engouement de la part du public américain… et international. Ces matchs, en partie joués dès 13h heure locale, représentent l’occasion pour la NBA de toucher un public européen mais aussi et surtout chinois. La grande ligue ne pouvant pas cracher sur un marché de plus d’un milliard de consommateurs potentiels.

Un aspect business qui impacte le jeu

Popovich aimait reposer les franchise players de San Antonio, mais il risque de ne plus pouvoir le faire en NBA lors de la saison 2017-2018.
Si Gregg Popovich ne peut pas reposer ses Spurs quand cela lui chante, il risque d’être très énervé contre Adam Silver ! Photo ©Soobum Im-USA TODAY Sports

Si les Américains, LaVar Ball le premier, adorent faire du business, il faut regarder les influences néfastes que cette obsession peut avoir sur ce qui importe le plus, à savoir le jeu. L’avancement de certains horaires de matchs aura déjà des conséquences sur le terrain. Certains joueurs sont plus motivés lorsqu’ils jouent en « prime time », les matchs étant parfois diffusés sur la télévision nationale.

Mais la NBA ne s’arrête pas là, puisqu’Adam Silver a décidé “d’encadrer” la mise au repos des stars de son championnat. Le commissioner mettra en place dans les prochains mois une règle empêchant les équipes de reposer plusieurs joueurs « non-blessés » lors du même match, surtout lorsqu’il s’agit d’une “affiche”. “Il faut permettre à tous les fans, qui viennent voir les joueurs, d’être satisfaits”, explique l’avocat de profession. Si cette mesure parait normale, de son point de vue, pour favoriser le spectacle, on peut se demander si elle est tout simplement légitime.

Aujourd’hui, bien des coachs choisissent de faire reposer un ou plusieurs joueurs sur certains matchs, en raison du calendrier particulière fourni. En effet, peu nombreux sont les sportifs capables de disputer l’intégralité des 82 matchs de la saison régulière, sans compter les playoffs. C’est d’ailleurs bien souvent à l’approche de la post season que les entraîneurs, Gregg Popovich en tête, laissent leurs pépites sur le banc, quitte à faire l’impasse sur une potentielle victoire. Leur interdire de faire cela reviendrait à leur imposer une feuille de match. Une éventualité impensable dans d’autres sports.

Cela dit il y a plus grave. Le principal souci concerne la santé des joueurs. Les pousser à jouer, malgré la fatigue qui s’accumule tout au long de la saison, pourrait engendrer des blessures graves. Cette mesure, si elle favoriserait le spectacle sur le court terme, serait très dangereuse sur le long terme pour le corps des athlètes. Si le nombre de back to back a été baissé pour la saison à venir – de 16,3 à 14,9 en moyenne par équipe – le programme annuel de ces sportifs reste assez rempli pour que l’on ne leur enlève du repos. Adam Silver rencontrerait donc un souci éthique en mettant en place une telle règle, car il privilégierait les affaires au profit de la santé des joueurs. La NBA, elle, se passerait pourtant bien d’une telle atteinte à son image, vu l’importance qui lui est accordée…

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