La Premium Liiga, de l’engouement sur Twitter, pas en Estonie

Chaque week-end, Twitter entre en ébullition avant chaque match de football en Estonie. Les parieurs français se penchent sur la Premium Liiga, le championnat local, en espérant faire passer des grosses cotes grâces aux gifles que donnent souvent les favoris au reste de la ligue. Un intérêt qui n’est pas du tout partagé par la population locale.

Les gens pensent qu’il y a de l’argent facile à se faire“. Nathan, alias @pronolion , pronostiqueur qui partage ses paris sportifs chaque week-end sur Twitter, tire un constat sans équivoque concernant le championnat estonien. Depuis plusieurs semaines, le “tipster” rallie une nouvelle communauté autour de la première division d’Estonie. Un championnat très spécial en tout point de vue.

7 buts à 0. C’est le plus gros score en quatre journées de championnat estonien… un score que l’on retrouve deux fois si l’on épluche le calendrier de Premium Liiga! Et qui dit gros scores dit grosses cotes. Des français, nouveaux “férus” de ce petit pays de l’ex bloc soviétique rêvent de reprendre “izi monnaie” de Booba chaque week-end avec Nathan grâce à leurs pronostics.

S’ils s’amusent à repérer ce qui fait figure d’”anomalies” au coeur du football européen, ces twittos s’intéressent – pour une raison que certains trouveraient discutable – à une ligue totalement délaissée par les observateurs locaux eux-mêmes.

Pas les meilleures conditions pour jouer au football

Températures négatives, tribunes vides et scores fleuves… Voilà ce qui caractérise la première division estonienne. Beaucoup d’éléments manquent pour inciter les potentiels fans à aller au stade – il est rare de voir plus de quelques centaines de supporters assister à une rencontre de D1. Si le froid frappe de plein fouet le pays, le manque de suspense tue l’intérêt dans l’oeuf.

Le football est un sport mineur en Estonie, voire confidentiel“. Pierre-Julien Pera, spécialiste du football estonien pour le site footballski.fr, donne le ton lorsqu’il évoque l’engouement – ou ici le non-engouement – de ce petit pays du nord de la mer Baltique pour le ballon rond. “La Premium Liiga ne fait que rarement la Une des journaux“.

Si le championnat ne passionne pas les foules, c’est également parce que les décideurs n’y mettent pas du leur. “De nombreux facteurs font que le foot n’est pas populaire en Estonie”, déclare Angelo Palmeri, fondateur de Rumori Calcio, un club de cinquième division estonienne. “Les conditions météorologiques, le calendrier tout sauf attractif avec 10 équipes qui se rencontrent 4 fois chacune, la faiblesse du jeu proposé et les écarts de niveau au sein de la D1 n’aident pas à ce que les gens s’y intéressent”, explique-t-il.

Le Rumori Calcio s'est déjà pris une rouste face à une équipe de Premium Liiga
Comme les joueurs des autres clubs amateurs d’Estonie, ceux du Rumori Calcio (ici en bleu) ne peuvent pas lutter contre des équipes de première division

Et les écarts de niveau, ils sont criants. En effet, les seules formations du pays à avoir un semblant de niveau professionnel font partie du top 4 de la première division. Le reste ne peut pas lutter. “Les quatre meilleures équipes sont vraiment professionnelles, comme on pourrait l’entendre en France, et ont des bonnes infrastructures, à l’échelle du pays. Les autres n’ont que très peu de moyens et seraient semi-professionnelles ici“, explique Pierre-Julien Pera.

La différence de budget, cette notion chère à Jean-Michel Aulas, fait donc bien toute la différence. Si les clubs de Premium Liiga se mangent des roustes quasiment chaque week-end par l’élite nationale, les amateurs atteignent un autre niveau… d’humiliation. Souvent, la coupe nationale offre son lot de surprises. Ici, c’est en proposant des scores que l’on pensait irréalistes. En témoigne le 36-0 infligé au Virtsu Jalgpalliklubi par le FC Tallinn, une des pires raclées de l’histoire de ce sport. En Estonie, la “magie de la coupe” c’est comme le père Noël, ça n’existe pas.

Nous on ne peut rien faire contre eux“, constate Angelo Palmeri. S’il ne s’est jamais frotté au gratin estonien, l’Italien exilé à l’Est a déjà affronté une équipe de première division, Tammeka, dans cette compétition nationale. Et il n’y a quasiment pas eu match. “Nous n’avons tenu le 0-0 que 35 minutes, le match s’est terminé à 5-1 pour eux, l’écart était trop grand“, raconte-t-il. “On ne s’entraîne que deux fois par semaine, se battre avec eux ce n’est pas possible”, justifie le coach du Rumori Calcio.

Dans les divisions les plus basses on arrive rapidement à des “bandes de potes””, renchérit même Pierre-Julien Pera. Difficile donc de rivaliser avec une première division, que beaucoup de joueurs considèrent comme  un “tremplin, quelque chose dont ils se servent pour essayer de gratter une place dans un championnat un peu plus huppé”, comme l’affirme le rédacteur de chez Footballski.

Un statut de passerelle vers un avenir meilleur que l’on peut largement discuter. Personne ne regarde ce championnat, pas même les Estoniens. Tous les matchs sont disponibles gratuitement en streaming pour “booster” l’intérêt des fans et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela n’a pas l’air de bien marcher. Après, peut-être qu’en proposant directement aux estoniens de parier sur des cotes à 10, ils se laisseraient enfin tenter par le “spectacle”, qui sait ?


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